ARIANE LOPEZ-HUICI

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ÉCRIT DE L'ARTISTE

PHOTOGRAPHIE ET DISSIDENCE

par Ariane Lopez-Huici

New York, Octobre 2003

 

“Les mouvements les plus simples de nos corps sont, pour tout homme qui les médite, des énigmes aussi difficiles à deviner que la pensée”  D.A.F. de Sade

 

        Depuis ma première exposition personnelle en 1977, la voie royale de ma passion est le corps humain. Chaque modèle est une découverte, une rencontre qui dure parfois plusieurs années. Grâce à une confiance réciproque qui s’établit, un moment privilegié fait surgir cette part d’inconnu qui illumine chaque photo réussie.

        La façon dont je travaille est assez simple. Un appareil 24x36 semi automatique qui me laisse assez de flexibilité pour ne pas inhiber le modèle et me consacrer à l’aspect humain et particulier de chacun d’eux. Photographier en noir et blanc me permet d’aller à l’essentiel. Un grain fort et des noirs profonds accentuent les zones d’ombres de l’aventure humaine. Toute obscurité m’intrigue, me passionne, me stimule.

       Il est difficile de décrire dans quel état je me trouve lorsque la séance commence. D’abord un état de disponibilité totale, puis une sorte de transe s’installe que j’essaie d’insuffler (inconsciemment) au modèle.

       Va-t-on se dépasser, quel est ce détail infime qui sera perçu dans la photo comme la flamme forte du modèle, va-t-il le faire sortir de lui ? saurai-je le capturer ? Cela demande une grande force physique et une concentration inflexible. La relation avec le modèle est une relation solitaire, pas d’assistant, d’éclairagiste etc. Si on veut aller au fond d’un sujet, d’une personnalité, il faut un minimun de distractions possibles.

        On me demande souvent pourquoi ce choix de modèle. Why ? Je suis petite et menue et Aviva, Dalila et Holly sont rubanesques. Dans la création, il y a beaucoup d’inconnues, en tout cas pour moi. Si je connaissais la réponse, je ne photographierais pas; le choix des modèles dépend de beaucoup de circonstances : les rencontres, le désir, le potentiel qui vous attire et vous intrigue, le dépassement des normes établies, la confiance que l’on crée pour convaincre la personne de poser. C’est le mystère irréductible de mes modèles que je photographie.

       Ces modèles sont des héros de notre époque. Par leur talent, leur force et leur courage, ils contribuent à élargir notre champs émotionnel et visuel. Leur beauté vient de la poèsie de leurs imperfections. Ils font partie de la transe, du rituel des corps en apesanteur. Le Duende. La vie même. L’imperfection est l’art de la liberté qui s’oppose à l’esthétique fasciste de l’art apollinien. J’aime Goya, Dziga Vertov, Maya Deren, Antonin Artaud..

        La blessure est à l’origine de mes rencontres : blessure visible ou invisible avec laquelle vous êtes en sympathie et que vous essayez de découvrir. J’ai le sentiment que les modèles que je choisis sont souvent en rupture avec le conformisme de la société. Briser les tabous demande beaucoup de courage, les exposer sans misérabilisme, encore plus et c’est ce courage, cette flamme, qui me rapproche d’eux.

        Habiter New York, je dis bien New York et non pas le reste des Etats-Unis, est très stimulant pour moi, car c’est un lieu qui est une grande source de rencontres étonnantes. La diversité culturelle et l’inventivité de certains individus aiguisent mon regard : je suis souvent tentée d’aborder un passager dans le métro, de fréquenter les réseaux alternatifs si riches à New York.

        J’ai aussi un besoin d’Afrique : les africains gardent une émotion dans leur langage et dans leur corps. Pour eux la communication passe fondamentalement par le corps. Leur sensualité est un antidote contre tout cynisme. Le Mali et le Sénégal sont, pour moi, une source vive d’incarnation de toutes les formes artistiques.


Holly,
1998

Solo Absolu,
1989